17 février 2017

le vieil oncle

Nous avions 60 ans d'écart. Il vivait chez nous, n'avait aucune intimité, dormait dans un coin de la cuisine. Sa vie ? Il avait perdu sa mère quand il était enfant, était débarqué avec son père vieillissant chez sa soeur (ma grand mère), son père était mort, et il avait travaillé chez son beau frère toute sa vie puis chez son neveu (mon père).

C'était un personnage secret. Il aimait courir la campagne et peut être aussi ..... les femmes mais on n'en voyait rien,  on entendait dire. Les tournées de livraison du soir se terminaient fort tard. J'en entends parler encore....

Il aimait le tabac, et le petit verre de goutte. On lui donnait quelques sous, c'est tout. Etait ce la vie qu'il avait choisie ?

J'ai récupéré des affaires dans le vieux grenier il y a quelques années.

Des vieux papiers de lui, pas grand chose.

Des courriers du temps où il était au Maroc, la guerre du Rif, les années 20, pour la famille.

Et puis ces douces cartes postales d'une certaine Elise, qui lui écrivait régulièrement, l'attendant, lui fixant rendez vous, tandis qu'elle était gagée chez des bourgeois.

Mais je ne connaitrais jamais son amoureuse. Je l'ai juste découverte par ses écrits.

Et puis j'avais entendu dire que sa soeur (ma grand mère que je n'ai jamais connue) avait mis des barres dans les roues pour une relation qu'il avait. Etait ce pour cette douce ? ou pour une autre ?

Des histoires qui s'endorment au fond des greniers.

Pour moi ce fut le vieil oncle toujours célibataire qui vivait avec nous mais se tenait légèrement à l'écart.

 

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08 février 2017

manteaux de souvenirs

Parfois, j'ai envie de me souvenir. Les habits par exemple. Ceux dont je me rappelle. Aucune photo à l'appui. Alors je cherche et revois certains détails de mes manteaux :

- le premier dans ma tête : bleu, à carreaux, deux pompons en espèce de fourrure noire au bout d'un cordon à l'encolure. Les pompons, ils m'ont tenu compagnie bien souvent à la messe. Je dois avoir 6 ou 7 ou 8 ans ?

- un autre : tweed beige et des points multicolore. Je le porte à l'école. Au moins une autre fille (peut être plus ?) a le même manteau que moi. D'habitude, les autres sont coupés dans des manteaux d'adulte, celui ci a du être acheté ou tout au moins le tissu pour le faire.

- suivant : manteau bleu marine, sorti d'un vieux manteau d'adulte, coupé avec le petit col officier, une forme bien évasée, et double rangée de boutons, j'adorais ....

- encore : un autre bleu à carreaux, je pense aussi qu'il sort d'un vieux manteau. Le tissu est un peu bouclé.

- encore : un rouge à carreaux, sorti lui aussi d'un autre manteau, il a une capuche, je crois que c'est le premier à capuche, et autour une légère fourrure blanche qui faisait tout son charme, je dois avoir 12 - 13 ans - 14 ans.

- la suite : après plus aucun manteau fait dans un autre manteau, ils seront achetés. Un caban à carreaux encore dans les tons bleus, bien coupé, j'adore ! Vers mes 15 ans. On disait "caban". Manteau plus court ?

- Puis il y aura cette veste tricotée rouge, col chale et ceinture bleu marine. Je pense l'avoir portée tout un hiver, en mobylette, j'ajoutais un vêtement que je rangeais dans la sacoche. Je devais cailler. Mais la mode .....   !!!!!!!  J'avais aussi un pull tube vert tricoté aux grosses aiguilles jamais vues auparavant, parfois porté sans rien d'autre dessus.

- Puis il y aura un hiver en imper, c'est la mode, un grand imper long, ceinturé, en forme, bleu gris. Ce devait être beaucoup moins chaud.

- Après il y a eu les manteaux longs unis (trop de carreaux avant), plusieurs, un bleu, un rouge, un noir..... J'étais adulte.

Enfant, je n'ai pas eu le style anorak, je ne sais pas pourquoi ? Sans doute parce qu'on ne cessait de couper dans les manteaux d'avant et qu'on n'achetait guère les nouveautés.

Aujourd'hui, j'ai un manteau tissu plus habillé depuis presque 6 ans, que j'aime beaucoup, mais faut pas grand chose dessous, sinon ça serre ! un autre en synthétique, celui que je porte plus facilement.

 

 

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01 août 2016

la vaisselle

Elle prenait le seau d'eau, le vidait dans la bassine en tôle, elle posait la bassine en tôle sur le feu. Une fois l'eau réchauffée, elle posait la bassine par terre, se mettait à genoux par terre et faisait la vaisselle. Elle posait les affaires dans une autre bassine en plastique vert pour les égoutter. Et, quand j'étais là, j'essuyais la vaisselle. Je n'aimais pas essuyer la vaisselle, c'était presque une punition. Je n'aimais pas trop aider à la maison. Peut être que si ça avait été plus moderne, j'aurais aimé. Quand j'étais petite, il n'y avait pas le service d'eau, donc il fallait d'abord chercher l'eau au puits. Ensuite, il y avait seulement l'eau froide à la maison.

L'évier s'est installé, j'étais déjà partie depuis longtemps. Elle a eu quelques années avec des commodités, un évier, des wc, une salle d'eau.

Elle ne se plaignait jamais, ne réclamait pas.

A une époque, je recevais 5 centimes pour essuyer la vaisselle, et la même chose chez ma tante à côté. Je collectionnais donc les petites pièces et j'achetais quelques friandises.

Comme c'est loin tout ça.

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07 mai 2016

la bulle de bonheur

Quand j'ai lu ce matin Bonheur du Jour, j'ai eu 10 ans. Oui oui 10 ans, d'un coup d'un seul, j'ai grimpé sur la pierre, crapahuté sur le toit du clapier à lapins, le lilas tout près sentait bon, les poules caquetaient tout autour, le soleil était tiède. Je n'étais pas si loin que ça du monde, mais j'étais dans le mien, j'oubliais tous les autres. J'avais apporté avec moi ce qu'il me fallait. Une vieille clé qu'on avait bien voulu me laisser, elle ne servait sans doute plus à rien, la boite de conserve qui trainait par là, et puis l'eau savonneuse. Je ne me rappelle plus comme on la faisait. Juchée sur le toit, je passais des heures à envoyer des bulles, à personne, juste les voir voler, s'envoler, dans mon petit monde. Cà durait, je n'embêttais personne. Il ne valait mieux pas car ils n'aimaient pas m'entendre dire "je sais pas quoi faire".... vu que je n'avais pas d'enfant de mon âge autour sauf la petite voisine mais je la voyais peu, chacun chez soi, les deux familles ne s'entendaient pas.

Ainsi les bulles sans doute libéraient mon esprit pour un temps, et de relire ça ce matin, l'effet fut magique.

 

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15 février 2016

fantaisie

Nous avions une couturière. Pourtant ma mère se débrouillait en couture mais pour les manteaux ou les robes et jupes, la plupart du temps, elle lui faisait appel. Elle s'appelait Jeanne, c'était une conscrite de mon père. Elle était célibataire, s'est mariée vraiment sur le tard, et n'a pas eu d'enfant. Elle était gaie comme un pinson, vivait dans une toute petite maison, je pense qu'il y avait aussi ses parents avec elle dans mes souvenirs lointains, mais dans la pièce où nous allions, elle était la plupart du temps seule. Avec un grand manteau qu'on ne voulait plus, elle en retaillait un petit pour moi. Avec une nouvelle étoffe, elle créait une robe d'enfant pour moi, de jeune fille pour ma soeur. On avait quelques séances d'essayage que je redoutais un peu, il fallait bien se tenir et faire gaffe aux épingles qui parfois piquaient un peu la peau. Il fallait surtout penser à la fantaisie qu'on allait mettre à ce nouveau vêtement : souligner d'un joli croquet, ajouter un pli creux, mettre des volants aux bouts des manches, une petite bande de fourrure à la capuche.... Elle avait des idées et c'était toujours joli à porter. Ma mère n'aimait pas l'excentricité mais aimait bien les petites fantaisies qui faisaient qu'il n'y aurait aucun autre vêtement pareil.

J'aime beaucoup ce mot "fantaisie". Il est sans doute désuet.

Nous n'allons plus beaucoup chez la couturière. Ainsi manquerions nous de fantaisie ? Comment en ajouter à nos vies ?

Je me souviens surtout du croquet orange sur la robe à fond blanc et à pois jaunes et orange. Hélas je n'ai pas de photo.

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07 octobre 2015

souvenir

Lorsque j'étais enfant, nous ne partions jamais en vacances. Je n'avais donc pas l'occasion de quitter ma maison. Puis il y a eu la maladie de ma mère, son temps d'hopital et à son retour, et il était recommandé que je ne reste pas à la maison avec elle. On m'envoya donc chez un oncle et une tante, c'était donc la première fois que je partais séjourner ailleurs. Je dormais avec ma cousine au sous sol. Je me souviens très bien de cette maison, beaucoup plus récente et belle que la nôtre. Il y avait toutes les commodités, un wc, une salle d'eau, une salle à manger, trois chambres dont une au sous sol et une cuisine. Nous dormions dans un lit cosy, je ne savais même pas ce que ça voulait dire. Ma cousine avait des livres bien rangés sur des étagères autour du lit. J'ai de très bons souvenirs de ce moment là, j'avais découvert une vie beaucoup plus moderne, ma tante avait des amies qui allaient et venaient, mes cousins aussi, nous allions à la pêche le dimanche au bord de la rivière. Ma tante ne cuisinait pas comme ma mère, elle faisait des carottes rapées, jamais vu chez moi à ce moment là, des choux à la crème, jamais vu non plus.

 

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12 août 2015

de doux souvenirs : la petite robe bleue

La perte de nos parents nous ramène en arrière et nous retrouve sans cesse des souvenirs enfouis.

Je ne me souviens pas du fait, mais je me souviens de la robe, qui hélas est disparue, sans doute donnée à une de mes cousines, c'est ce qui se passait la plupart du temps, quand le vêtement était devenu trop petit.

Je pense que c'est ma soeur qui m'avait raconté ça. Ma mère était à l'hopital, j'avais si peu d'habits. Mon père était allé m'acheter une robe, je pense que je n'étais pas avec lui. Elle était un peu grande au départ, bleue, à petites fleurs, et en nylon. Jusqu'à ce jour, mes robes étaient sans doute plutôt en coton. Cette robe avait surpris, je crois que ma mère ne l'avait pas trop aimée au début, justement parce qu'elle était en nylon. Je l'ai beaucoup portée, je m'en souviens, elle n'était pas salissante.

Ce qui me plait dans cette histoire, c'est que mon père avait pris soin de moi. C'était sans doute la première fois qu'il faisait un achat pareil.

Ah, cette petite robe bleue, comme j'aimerais la revoir, comme j'aimerais me revoir avec elle, si peu de photos et pas avec cette robe.

Comme elle était un peu grande, je l'ai beaucoup portée ! peut être que je l'ai usée ...

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17 juillet 2015

l'omelette froide

A l'époque, il y avait le voyage scolaire et quelques journées réservées entre copines pour faire un pique nique. Nous avions notre recette inratable et à chaque fois, ma mère me préparait la fameuse omelette qu'on laissait refroidir avant de la mettre entre deux tranches de pain beurré. J'épatais mes copines car elles c'était le fameux oeuf dur, pain, beurre. Je ne connais pas l'histoire de cette omelette, peut être déjà ma mère en faisait pour elle quand elle était jeune, mais les pique nique ne devaient pas être à la mode à ce moment là pourtant ? Parfois, on emmenait son "manger" pour aller travailler aux champs, les gros travaux peut être, ou les champs plus éloignés, ce qui équivalait à pique-niquer..... mot utilisé depuis quand je ne sais pas. On n'emportait pas de salades, non, c'était quelques tartines, une au paté, l'autre au fromage, et un fruit peut être. Tout cela dans une grande serviette nouée. Ma mère s'appliquait à le faire.

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29 juin 2015

la bassine verte

La bassine verte servait d'égouttoir, tandis que la bassine en tôle servait d'évier. Précédemment, on l'avait fait chauffer pleine d'eau sur le gaz. Fallait faire attention. Puis on la déposait par terre. On mettait la bassine verte à côté. Ma mère se mettait à genoux pour faire la vaisselle après le déjeuner. Je ne sais plus si elle recommençait ce cinéma le soir, la mémoire me manque. Nous n'avions pas l'eau chaude. Il fut un temps où nous n'avions pas l'eau du tout.

La bassine verte en plastique se remplissait. Et j'étais de corvée d'essuyage de vaisselle,   ou pas. Si j'étais en vacances, forcément je n'y coupais pas. Je n'aimais pas du tout essuyer la vaisselle. Je trouvais ça d'un ennui. Je pense que de temps en temps la vaisselle séchait toute seule dans la bassine.

Et puis ma mère a connu l'évier mais bien plus tard. Moi aussi, quand je suis partie de la maison, j'ai connu l'évier..... puis peu de temps après le lave-vaisselle.

Je me demande ce qu'est devenue la bassine verte.

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09 février 2015

le petit ballon vert

C'est drôle, ça faisait longtemps que je n'avais pas pensé à lui. Et tout à coup il a envahi tout mon espace, il est revenu là bien rond dans ma tête. Il était un de mes jeux préférés. Je ne me souviens pas qui l'avait acheté. J'avais l'impression qu'il avait toujours été là, peut être était il à ma soeur. Il n'était ni balle ni ballon, juste entre les deux, juste fait pour moi. Parfois il voltigeait dans la maison, en faisant attention, parfois il restait au sol et servait de bowling pour dégomer le jeu de construction que j'avais érigé en équilibre. Parfois il devenait une "vache" que je guidais à l'aide d'un petit baton. Faut dire que c'était ce que je voyais autour de moi. Guider les vaches dans les prés. Assez loin parfois. Les ramener à l'abri. C'était le quotidien. Alors on calquait nos jeux sur notre vie.

Je ne suis pas sure qu'aujourd'hui une petite fille jouerait avec un ballon vert qui serait une vache pour un temps. Quoique, je ne sais plus trop à quoi jouent les petites filles.

Tout ce que je sais, c'est qu'en jouant comme ça, je me sentais heureuse, malgré le monde gris qui m'entourait. Je glissais dans ces jeux avec un bonheur intense, je m'en souviens. C'était bien.

Je ne sais pas ce qu'est devenu le petit ballon vert.

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