Nous avions une couturière. Pourtant ma mère se débrouillait en couture mais pour les manteaux ou les robes et jupes, la plupart du temps, elle lui faisait appel. Elle s'appelait Jeanne, c'était une conscrite de mon père. Elle était célibataire, s'est mariée vraiment sur le tard, et n'a pas eu d'enfant. Elle était gaie comme un pinson, vivait dans une toute petite maison, je pense qu'il y avait aussi ses parents avec elle dans mes souvenirs lointains, mais dans la pièce où nous allions, elle était la plupart du temps seule. Avec un grand manteau qu'on ne voulait plus, elle en retaillait un petit pour moi. Avec une nouvelle étoffe, elle créait une robe d'enfant pour moi, de jeune fille pour ma soeur. On avait quelques séances d'essayage que je redoutais un peu, il fallait bien se tenir et faire gaffe aux épingles qui parfois piquaient un peu la peau. Il fallait surtout penser à la fantaisie qu'on allait mettre à ce nouveau vêtement : souligner d'un joli croquet, ajouter un pli creux, mettre des volants aux bouts des manches, une petite bande de fourrure à la capuche.... Elle avait des idées et c'était toujours joli à porter. Ma mère n'aimait pas l'excentricité mais aimait bien les petites fantaisies qui faisaient qu'il n'y aurait aucun autre vêtement pareil.

J'aime beaucoup ce mot "fantaisie". Il est sans doute désuet.

Nous n'allons plus beaucoup chez la couturière. Ainsi manquerions nous de fantaisie ? Comment en ajouter à nos vies ?

Je me souviens surtout du croquet orange sur la robe à fond blanc et à pois jaunes et orange. Hélas je n'ai pas de photo.