La lumière a bien du mal à passer, de justesse, s'en va et puis revient. Pourtant elle est dans le ciel et ça me réjouit. Hier j'ai fait une marche avec une amie, j'ai dû la saouler de mes états d'âme, de ce que j'en ai dit, mais j'en avais besoin. 1 h 30 de marche dans la campagne froide et ensoleillée. Il va falloir que je songe à faire cela régulièrement quitte à le faire toute seule. Cette amie, c'est moi qui l'avait relancée et ça tombait bien elle avait une semaine de vacances. J'avais pensé aller à la réunion de l'association le soir, quand tout à coup, j'ai pensé que non, je n'irai pas. Je m'en suis tenue à mon intuition. Sans doute, ce n'était pas le moment.

Je me sens sur un fil, toujours prête à tomber. J'ai entendu François Cheng jeudi à la grande Librairie, quelqu'un a dit de lui qu'il était un écorché vif. Il a acquiessé, précisant qu'il n'avait pas de cuirasse. Je ne vais pas me comparer à cet immense poète, et pourtant je me sens moi aussi une écorchée vive. C'est bien là le noeud du problème. Pas de cuirasse. J'avais entendu aussi Isabelle Carré récemment et j'avais aussi eu cette sensation. Les artistes sont ils tous écorchés vifs ? ce qui ne veut pas dire que tous les écorchés vifs soient des artistes.

Je me sens sur ce fil, fragile petite chose. J'accepte pour l'instant malgré la colère intérieure d'être cette petite chose.

Tout à l'heure, j'ai travaillé dehors à nettoyer le poulailler, je me suis sentie vivante, c'est déjà ça.

Il y a les massifs à nettoyer. Je vais m'y appliquer. Les plantes et les poules sont gentilles avec moi.