Je pensais ne plus recevoir de pèlerin pour 2017. J'en avais eu 18 cette année. Un de moins que l'an dernier. Quand soudain, un matin, on m'appelle. Une hébergeuse de l'étape d'avant moi me demande si je peux recevoir un allemand le soir même. Je dis oui immédiatement car du coup ça me ferait 19 couchages, comme l'an dernier. Ah les mathématiques, quand ça vous ratrappe, ça vous fait dire OUI. Plus tard, j'apprends que mon homme sera absent du milieu d'après midi jusqu'à ... je ne sais pas. Et là je flippe. Car autant l'été, si je suis seule, je n'ai pas peur, car les volets sont grand ouverts jusque tard. Parfois nous mangeons dehors, il y a un peu de passage, les gars qui travaillent. Bref, j'ai commencé à avoir peur en pensant que j'allais passer la soirée seule avec cet inconnu, volets fermés. Et une fois de plus j'ai pesté contre mon homme qui me prévient toujours à la dernière minute.

Il s'est présenté assez tard : 18 h au moins. Il avait marché plus loin que chez nous, a du rebrousser chemin. Il ne m'avait pas appelé. Immédiatement j'ai compris que la communication ne serait pas facile. Il faisait des efforts en français, l'allemand j'en ai fait deux ans mais j'ai tout perdu, ce serait donc avec l'anglais qu'on se débrouillerait. J'ai commencé laborieusement, puis de fil en aiguille, ça s'est amélioré avec des phrases hachées, quelques mots associés, bref on a pu se comprendre. J'ai compris sa quête, celle de la sobriété. Je n'ai pas trop compris son métier : éducateur. J'ai surtout compris qu'il aimait les voyages, mais comment s'arrangeait il avec son employeur pour prendre tout ce temps, ça reste un mystère. Je n'ai plus du tout eu peur de la soirée, il était poli et charmant.

C'est qu'on a tendance à penser que tous les pèlerins sont charmants. Mais quand même, il pourrait s'y cacher quelques imperfections.

Cette semaine, j'ai pris une journée, invitée par une amie pour marcher. Je me suis initiée au chemin. Je suis allée chez elle, puis elle avait préparé le pique nique pour nous deux et nous avons rejoint l'endroit. Un tour de lac que je ne connaissais pas. Il faisait un temps d'automne en été. Hélas mes chaussures n'étaient pas étanches, je ne pensais pas trouver autant d'humidité. J'ai eu vite les pieds mouillés. A l'heure du pique nique, je me suis déchaussée, fait sécher les chaussettes. Elle a hésité à poursuivre le chemin long sachant qu'au delà de 10 km, je n'avais pas l'expérience. Puis j'ai dit que je voulais tenter. Nous avons donc fait le tour complet du lac. 17 km 6. J'ai fini avec très mal au pied gauche, j'ai cru au caillou, non. J'ai fini le chemin. J'aurais voulu faire des photos, mais impossible à cette allure là et pas assez de temps. C'est toujours difficile pour moi de ne pas prendre le temps qu'on voudrait.

Arrivée chez moi, j'ai vu une super ampoule sous le pied. J'ai compris que je m'étais vraiment gourée de chaussures. J'étais fière malgré tout de mon défi.